Coup de gueule contre les écoles de coaching qui vendent du rêve

Attention, les coaches débarquent

J’accompagne régulièrement des clients en reconversion professionnelle, c’est l’activité principale de mon premier cabinet de coaching de carrière. Et devinez pour quel métier je reçois deux à trois contacts par semaine pour une prise de renseignements ou une enquête-métier ? Le coaching, bien sûr. Les candidats à la reconversion qui veulent faire du coaching leur nouveau métier sont hyper nombreux.

D’ailleurs j’ai reçu récemment l’appel d’une personne de mon réseau, qui me disait entamer une formation de coach pour s’installer à son compte sur Toulouse. Elle a même acheté trois formations d’un coup, parce qu’elle souhaite se spécialiser dans un coaching spécifique. Elle en a donc eu pour la coquette somme de…9 000€* au total.

Waouh, 9 000€*…quand même…ça commence à faire, non ? D’ailleurs, pour les demandeurs d’emploi qui veulent se reconvertir dans le métier, il est devenu quasiment impossible de se faire financer via le Pôle Emploi une formation avec le mot « coaching » dans son intitulé, car les conseillers ne veulent plus signer les déclenchements de financement. Ils savent que le coaching est à la mode, et qu’il n’y a pas forcément de débouchés pour tout le monde derrière.

Trouver des clients en coaching, c’est difficile

Alors je vous épargne le suspense, non, rémunérateur, ça ne l’est pas. Du moins pas au début. Il est difficile de trouver des clients, et surtout d’en trouver suffisamment pour pouvoir se verser un salaire correct. Très peu de coaches vivent de leur activité, et beaucoup sont obligés de trouver un plan B à un moment donné, parce que leur activité de coach ne décolle pas.

Ceux qui réussissent dans le coaching sont ceux qui ont une vraie démarche commerciale, de la méthode et de la régularité, qui fonctionnent en réseau ou en équipe-projet, voire qui avaient déjà une activité de formation ou de conseil avant donc un pied chez leurs clients, et qui sont…patients. J’observe qu’une clientèle de coach from scratch, c’est d’abord environ 3 années à travailler d’arrache-pied avant de pouvoir se rémunérer correctement, comme c’est le cas pour beaucoup de créations d’entreprises.

Les fausses promesses des écoles de coaching

Ce qui me hérisse le poil, c’est quand je lis que des écoles de coaching vendent leurs formations en disant qu’ « il n’y a pas assez de coaches formés pour faire face à la demande des entreprises et des particuliers ». Euh…est-ce qu’on vit dans le même monde ? Pas sûre, quand je vois que dans ma formation de coach à moi (une formation universitaire diplômante, tout ce qu’il y a de plus sérieux à vendre à une entreprise), nous étions une promo de 19, et qu’aujourd’hui, trois ans plus tard, je suis la seule à vivre de mon activité de coach.

« Le coaching ne se vend pas, il s’achète »

En formation de coach, on nous dit que « le coaching n’est pas une prestation qui se vend, mais qui s’achète. Ou que « c’est votre savoir-être qui fera venir les clients à vous »…hum hum. Je dois être bassement terre-à-terre ou à côté de la plaque sur ce coup-là, à moins que ce soit mon background de marketeuse qui me rattrape…mais pour ma part, je n’ai jamais vu un client pousser sur un arbre.

Et en admettant que notre puissante et charismatique aura de coach attirerait les clients juste par le fait « d’être », pas sûre qu’elle les attire à hauteur des 3000€ de CA mensuel nécessaires pour se sortir un SMIC quand on est indépendant, une fois qu’on a payé les charges…et le tout sur un marché déjà saturé alors qu’il est encore peu mature…

Ce qui me pose question, c’est que ces mêmes organismes de formation qui revendiquent que le coaching « ne se vend pas », ont eux-mêmes une démarche marketing bien rodée, puisqu’elles utilisent des techniques plutôt offensives pour trouver des clients (e-mailing, phoning, achat d’Adwords sur Google pour arriver en première position sur leurs mots-clés…). Je le sais, puisque j’ai moi-même été démarchée par ces écoles ou organismes de formation. D’un point de vue systémique, pour moi, ça ne colle pas.

Et je ne parle même pas des écoles qui se disent « certifiantes » et qui délivrent leur propre certification « maison ». Alors que les certifications, d’après moi, doivent être délivrées par un organisme certificateur indépendant (une fédération internationale comme ICF par exemple). Non, pour moi, ça ne colle vraiment pas…

(*A l’écriture de l’article, j’avais parlé de 19 000€, ce qui, en l’entendant, m’avait fait bouillir. La personne en question m’a contactée après lecture de l’article le matin de sa publication, pour me dire qu’en réalité c’était 9 000€. J’avais du mal comprendre au téléphone. N’empêche que 9 000€, c’est déjà environ 8 mois de SMIC…Je vous laisse projeter le CA à faire pour trouver rien que le point mort…)

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Á propos de l'auteur: Bérangère Touchemann

Bérangère Touchemann est l'heureuse fondatrice du cabinet de coaching professionnel Touchemann & Co, qui forme et accompagne les managers, dirigeants et collaborateurs à potentiel dans le développement et la croissance de leur entreprise par ses Femmes, ses Hommes et ses équipes. Comme Charles Darwin, elle pense que l'organisation qui survivra ne sera pas forcément la plus forte, mais celle qui aura su s'adapter...

6 commentaires to “Coup de gueule contre les écoles de coaching qui vendent du rêve”

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  1. Claude Gaudet - 3 mai 2016 at 11 h 41 min Reply

    Les écoles de coaching proposent généralement des formations qualifiantes en escalier. Niveau 1, 2. 3, …etc. La réussite de l’apprenti-coach viendrait soi-disant avec le niveau de qualification. Et les frais d’inscriptions montent en proportion du niveau de formation. Ce sont ces formations qui sont les plus lucratives pour leurs promoteurs dans le domaine du coaching et pas la pratique du coaching comme telle. Voir les formations offertes par Tony Robbins aux USA, par exemple. Dans le site internet de Tony Robbins, on peut lire que 48% des entreprises qui s’offrent du coaching déclare un ROI de 1000% à 5000%. C’est le summum du rêve en couleur. Cela voudrait dire qu’une entreprise qui investirait 10 000 dollars en coaching en retirerait de 10 à 50 millions de dollars de bénéfices? Décidément, la preuve reste à faire.

  2. Marc Maillard - 13 mai 2016 at 21 h 24 min Reply

    Non, vous n’êtes pas la seule, Bérengère, et je vous remercie très vivement pour votre article! De mon côté, en tant que formateur, consultant et coach, je dénonce depuis longtemps ces « écoles », qui, effectivement, sont bien les seules qui se soient enrichies (et continuent hélas de le faire…) avec le coaching.

    Pour ma part, j’en ai suivie une, certes, et qui n’était pas nulle en elle-même. Mais à quoi vous sert une caisse à outils si vous ne savez pas planter un clou ?…

    Ainsi, le succès que je peux favoriser chez autrui provient essentiellement de ma longue pratique professionnelle (25 ans de management puis une vingtaine d’années dans mon activité actuelle) et de mon expérience des choses de la Vie, en direction de mes 67 ans 🙂 Surtout, surtout, c’est l’amour des gens et la passion de leurs succès qui font que l’on EST coach, et non que l’on FAIT du coaching…

    Très bonne suite à vous,
    Marc Maillard

    • Bérangère Touchemann - 14 mai 2016 at 4 h 40 min Reply

      Merci pour votre commentaire, Marc ! Ravie de ne pas être la seule 🙂 Même si, et vous avez raison de le préciser, je ne remets pas ici la qualité de ces formations en coaching, que je m’abstiendrai de juger.
      Et vous avez tout à fait raison, la qualité de la posture de coach est fondamentale.

  3. Norbert Gimenez - 14 juin 2016 at 6 h 55 min Reply

    Bonjour Bérangère Se former au coaching (cela peut être bien et une bonne découverte pour les apprenants) et croire que l’on va pouvoir en faire son métier et en vivre, est surement le lot de la plupart de ceux qui s’y lancent. Il y à quelques années le processus était le même avec la formation et le conseil : tout cadre lassé par son activité (ou licencié) s’orientait vers ces métiers là … mais trop souvent sans se former ! La pléthore de formation en coaching présente l’avantage de former, de diffuser une pratique sinon une culture et de démystifier (en partie) le coaching, ou tout au moins d’expliquer mieux …. Mais effectivement le vendre en rêve est une sacrée foutaise et je partage votre position. Il m’arrive également d’étonner des prétendants en leur montrant la distance de la coupe aux lèvres. J’ajouterai à votre regard critique mon doute quant à l’éthique de beaucoup de ces faiseurs de coach bien plus soucieux de leur gain que de porter les valeurs du coaching d’accompagnement et d’aide d’hommes et de femmes usé(e)s par leurs conditions de travail, voire leurs conditions de vie.

    • Bérangère Touchemann - 14 juin 2016 at 7 h 07 min Reply

      Merci pour votre commentaire, Norbert. Sur la notion de « démystifier » le coaching, vous faites bien de préciser « en partie »…car je vois passer pas mal de formations de miraclo/énergetico/sensoriello/rapido-coach qui, à mon avis, ne font pas de bien du tout à l’image du métier…
      Complètement d’accord avec vous sur l’éthique douteuse de certaines formations au coaching, très chères et qui promettent aux prétendants, comme vous les appelez, de faire fortune très vite en s’étant formé sur 4 jours… »Foutaise » est le bon mot 😉

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